Keur Demba N° 6 : Niokhor ou le paradoxe : « Niokhor est beau, il est gentil et il donne de l’argent : qui dit mieux ? »

Votre rubrique Keur Demba vous revient. Cette fois-ci, le chroniqueur Demba NDIMBELANE nous parle du pouvoir de l’argent dans la société. Le personnage Niokhor symbolise à la fois la richesse et l’avarice. Et bizarrement, dans le milieu social, celui qui n’a rien n’est rien aux yeux de l’imagerie populaire. Ainsi, certains  pensent qu’avec l’argent, on peut tout acheter. C’est ce que le conceptualiste de Keur Demba veut nous expliquer tout au long de ce texte dont la spécificité et l’originalité ne souffrent d’aucun doute.

Sous nos cieux, l’argent a un pouvoir illimité car il permet de réaliser les rêves les plus fous. Notre ami Niokhor a ramassé une cuillère en or qui, comme une baguette magique, changea d’un coup le cours de son destin.

 Immunisé contre l’avarice selon certains, il distribue des billets de banque comme de petit pains, d’où son sobriquet de guichet automatique pour sa parfaite entente avec l’argent. Sa fortune de circonstance a fini de faire de lui un homme hyper puissant au point qu’il lui suffit de dire «soit» et la chose est.

Dans les cours des maisons, sous les arbres à palabre, à la sortie des mosquées, il est le principal sujet qui alimente les conversations. Sa sacrée pièce a fait le tour des ménages, meuble le coffret des mosquées et les porte monnaies des belles dames. Niokhor est beau, il est gentil et il donne de l’argent : qui dit mieux ?

Il donne sans réfléchir car selon lui les gens ne coûtent pas une paire de chaussure. Les populations insoucieuses encaissent sans trop se poser des questions car selon certains, l’argent n’a pas d’odeur. Il n’a pas d’ennemis aussi.

Chez lui, comme des mouches, les nécessiteux viennent très souvent solliciter de quoi acheter une ordonnance ou compléter une dépense. Le domicile de Niokhor est devenu le point de convergence des jeunes désœuvrés adeptes de la facilité. Ces petits intellectuels, à la recherche d’une raccourcie pour réussir leur vie, accompagne Niokhor dans ses nouvelles ambitions.

 L’argent a un pouvoir indéfectible et notre ami compte sur sa fortune pour réaliser ses rêves. Dans son subconscient, les populations ne valent que dalle et une miette suffit pour gagner leur confiance. Une frange de la population de son côté fait semblant de croire aux promesses de monts et merveilles de Niokhor pour pouvoir goûter le gâteau succulent mis à sa disposition.

Niokhor traine cependant un vice : il donne à qui sait recevoir mais jamais à celui qui doit recevoir. Il est riche comme Crésus et pond des billets de banque sur son passage. Ndeketeyooo Niokhor est reluisant de l’extérieur mais très sombre de l’intérieur.

Les employés de Niokhor souffrent le martyr. Si ce ne sont pas des arriérés, c’est un refus catégorique de sa part de payer. Le paradoxe s’installe et des questions sautent.

Comment Niokhor compte-t-il sortir ses pairs de l’ornière si, malgré sa richesse et sa bonté louée partout, il est incapable de payer convenablement les gens après dignes et loyaux services effectués ?

Niokhor n’est-il pas en train de procéder à un investissement à long terme qui lui sera rentable une fois son vœu le plus cher assouvi ?

 Des questions auxquelles le peuple doit trouver des réponses avant le choix ultime.

Morale : Les populations doivent ouvrir les yeux et cogiter avant de choisir la personne qui doit présider à leur destinée. Le meilleur parmi nous est celui qui a le comportement le plus exemplaire, nous a appris le prophète Mouhamed (psl). Cependant, sous nos cieux, le meilleur être humain reste celui qui a le train de vie de Crésus.

Demba NDIMBELANE

E-mail : dembandimbelane@gmail.com

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Commentaire (1)

  • Tanor NIANG Répondre

    Excellent article!!!
    De 1960 à nos jours c’est le golo bay baboune doundé.
    Tant qu’on a pas réussi le pari de la conscientisation des ruraux, l’achat de conscience va perdurer et la donne ne changera pas.
    Parlez avec vos parents , expliquez les notions d’impôt, TVA et des missions régaliennes de l’etat.

    NIANG Tanor

    Lille

    17 septembre 2018 - 21 h 35 min

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