Xibaarubambuk.com : Contribution d’un ami de l’école

En cette période de rentrée des classes, xibaarubambuk.com vous propose une contribution provenant d’un ami et acteur de l’école sénégalaise et Koungheuloise en particulier. 2009 – 2019, dix ans que l’IEF de Koungheul fût créée. Le chemin fût long et bourré d’embûches mais les flambeaux commencent à prendre forme et la lumière jaillit eu égard aux efforts des différents acteurs. Agissant sous le couvert de l’anonymat, notre invité du jour nous plonge dans un diagnostic exhaustif et sans complaisance du système éducatif Koungheulois.

Comme tous les systèmes d’ailleurs, la réussite de la mission de l’école nécessite le concours de plusieurs acteurs et la défaillance d’un seul élément suffit pour rompre l’harmonie et conduire ainsi le système dans une léthargie totale. Notre militant de l’institution scolaire nous livre ici une belle analyse dite dans un langage franc. Chaque mot, chaque phrase nous renseigne à suffisance sur l’expérience de l’auteur et son amour pour la dame école

Top c’est reparti….

L’école rouvre ses portes aux potaches pour encore neuf mois.

Après des vacances méritées suite à une année mouvementée et presque interminable (l’année scolaire a exceptionnellement duré 10mois et quelques jours), l’heure est à la rentrée.

Occasion ne pouvait pas être plus belle pour s’engouffrer dans cette brèche et faire un diagnostic complet et sans complaisance de la situation de l’école sénégalaise en général et celle de Koungheul en particulier.

Longtemps considérée comme le petit canard boiteux, le dindon de la farce avec des résultats aux différents examens qui frisaient le ridicule, l’IEF de Koungheul semble terminer son pain noir inhérent à toute nouvelle inspection (l’IEF de Koungheul fut créée en 2009). Aujourd’hui à l’orée d’une décennie d’existence (2009-2019), Koungheul se place parmi les têtes de gondole de l’éducation nationale. De Nogoye DIOP à l’incontestable et incontesté Arfang SECK, en passant par l’intérimaire Baba THIAM, les résultats ne cessent  d’aller crescendo.

Grâce à une inspection rigoureuse et très proche du personnel et des enseignants rompus à la tâche et parfois irréprochables, Koungheul est devenue la première  IEF de la région de Kaffrine et caracole en tête au niveau national avec des ogres comme Dakar et Thiès.

Le tableau semble parfait, reluisant. Tout semble marcher comme sur des roulettes. Mais force est de reconnaître que l’école Koungheuloise est à des années lumières d’un satisfecit total, et ce n’est pas un cas isolé. Elle souffre comme bon nombre de localités des maux qui gangrènent le système surtout dans les zones rurales.

La sempiternelle réticence de certains parents:

Toujours considérée comme un haut lieu de dépravation, de dégradation de mœurs et d’insubordination, l’école française continue d’être vouée aux gémonies par une partie de la population. Les clichés d’une psychose causée par l’école s’entrechoquent encore au 21ème siècle dans l’esprit des  » écoles  sceptiques  ». Tel une épitaphe lambrissée dans les mémoires collectives, ce refus semble avoir de beaux jours devant lui.

La déperdition scolaire, une équation à plusieurs inconnus:

L’une des finalités de toute éducation est de faciliter l’insertion harmonieuse des produits de l’école dans les sociétés où ils seront appelés à vivre. L’idée du citoyen du monde appuyée aujourd’hui par celle de village planétaire, milite en faveur de l’avènement d’une école ouverte sur les réalités du monde dans son universalité. Il s’agit dans une certaine mesure de reconnaître avec Émile DURKHEIM que l’homme que l’éducation veut réaliser en nous, ce n’est pas l’homme tel que la nature l’a fait, mais tel que la société veut qu’il soit. C’est à dire un homme de référence, imbu de valeurs cardinales.

Donc au delà de la mission instructive qui lui est assignée, l’école a aussi une fonction socialisante. Elle implique une éducation à la citoyenneté, à la démocratie, à la paix, à la tolérance, à l’amour de l’autre, au respect des croyances des peuples sans préjugés.

Partant de ce constat irréfutable, l’école est perçue comme un lieu de perfection. On y entre en étant le petit d’un homme, on y sort en devenant un homme. Mais l’écart semble être abyssal entre les prétentions et la réalité.

Aujourd’hui le comportement parfois irresponsable et les conduites pleines d’incongruités de certaines personnes  constituant l’intelligentsia sénégalaise (vol des deniers publics, mensonge, trahison, ingratitude, cupidité…) confortent les pourfendeurs de l’école dans leur position et rendent de plus en plus dubitatifs les sceptiques.

L’école a t-elle failli à sa mission ? Cette question qui taraude les esprits des plus avertis mérite d’être posée; car les sortants de ces temples du savoir, au lieu d’être des citoyens exemplaires, des oriflammes,  sont pour la plupart de par leurs comportements, des contre exemples poussant logiquement une partie de la population à retirer des écoles leurs enfants pour les inscrire dans les écoles coraniques, plus à même de dispenser les valeurs cardinales qui sous tendent une citoyenneté modèle. L’école commence à perdre aux yeux de certains, son lustre d’antan. Cette situation semble se répercuter négativement sur le TBS (le taux brut de scolarisation) à Koungheul, avec une déperdition scolaire qui suit son rythme de croisière.

L’éducation pour tous un slogan encore utopique à Koungheul: L’éducation pour tous tel que vanté,  chanté et crié à hue et à dia  sur tous les toits du monde, est encore un slogan chimérique à Koungheul.

La balkanisation territoriale a abouti à un éparpillement des villages un peu partout à travers le département de Koungheul. Cette situation n’est pas sans conséquence. L’école n’est pas encore présente partout. Un pan de Koungheulois reste illettré non pas par dessein mais à cause de  l’inaccessibilité de l’école.

Malgré des ressources encore très limitées (chaque année peu d’enseignants sont affectés à l’IEF de Koungheul. À cela s’ajoute les saignées annuelles causées par un mirador contestable et défavorable à certaines I.E.F), L’Inspection de l’Education et de la Formation de Koungheul se débrouille chaque année avec les moyens du bord pour assurer à un plus grand nombre de Koungheulois un de ses droits les plus absolus. Mais encore est-il que l’on ne peut pas arrêter la mer avec ses bras et que ce manque criant et  criard de l’intrant le plus indispensable du système, la pièce incontournable du puzzle, se répercute de manière très nocive sur le niveau des potaches.

Les classes spéciales qui s’accroissent de manière exponentielle à Koungheul ne facilitent pas la tâche à l’inspection. Avec moins de classes spéciales et plus d’enseignants l’IEF de Koungheul pourrait peut-être atteindre la barre mythique des 70% aux examens certificatifs.

Et les enseignants dans tout ça ?

L’enseignant est un bâtisseur d’hommes. À ce titre, à défaut d’être un surhomme, il doit réunir en lui le maximum de qualités humaines au triple plan (professionnel, moral et physique), car il est naturellement imité par ses élèves et constamment épié par les parents de ces derniers. La société le cite comme modèle. Il n’a pas presque de vie privée même s’il jouit de tous ses droits de citoyen libre. On ne demande pas à l’enseignant d’avoir toutes les aptitudes et attitudes suggérées dans la  » roue des compétences » d’André PERETTI et de J.P. ASTOLFI, mais le minimum syndical est souhaité. Au delà des recherches et d’une formation continue, l’enseignant se doit d’incarner une image irréprochable et un comportement exemplaire dans la société. Car n’est pas enseignant qui veut.

UN MILITANT DE L’ÉCOLE

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Commentaire (1)

  • Demba NDIMBELANE Répondre

    C’est super…

    2 octobre 2018 - 19 h 15 min

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