Keur Demba N° 7 – le sage Ngagne reçoit son ami Saalum JAANEH

Aujourd’hui à Keur Demba, le sage Ngagne reçoit son ami Saalum JAANEH. Saalum est l’un de ces jeunes qui ont eu la chance de fréquenter très tôt les aînés. Nourri de sagesse et abreuvé aux sources intarissables de l’expérience des plus âgés,  Saalum récite ici une leçon de sociologie apprise sous l’ombre de la case de sa grande mère. Le pouvoir divin reconnu par beaucoup ne constitue pas toujours le seul recours face aux aléas de ce monde en perpétuelle mutation. Notre destin et notre sort sont souvent confiés à des êtres autres que Dieu tout puissant.  À travers les lignes qui suivent, notre ami  Saalum JAANEH nous  parle des relations qui lient nos belles dames aux charlatans.  Top ! C’est parti…

La femme et le charlatan

C’est une histoire aussi vieille que la terre. Depuis la première dame du palais du Jardin d’Éden, la relation entre femme et charlatan devient de plus en plus solide. On a constaté que quand un féticheur s’installe dans une ville ou dans un quartier sa première clientèle est constituée pratiquement par la gente féminine. Pourquoi? Le féticheur aime-t-il la femme ou est-ce la femme qui aime le féticheur ?

Dans tous les cas il y a de quoi se poser des questions.

Qui   aime qui? Peut-on   tout juste conclure qu’ils s’aiment tous les deux?

Les charlatans sont dans l’occultisme et les femmes aiment les choses occultes. C’est ça la vérité.

Écoute quand elles les qualifient.

-C’est un Joolaa, c’est un Séeréer, c’est un vieux Pël,… Disent-elles souvent.

– Sama paa bi gumba la (mon vieux c’est un aveugle).

-Sa plume ne touche pas le sol, il écrit avec la main gauche,

– Il côtoie les génies, ces derniers lui ont même crevé l’œil gauche.

Voilà des qualificatifs qu’elles donnent aux malheureux  »faiseurs de bonheur » pour persuader les éventuels clients. Le marketing est assuré. Plus ils présentent autant de défauts ou d’anomalies sur leurs apparences physiques plus elles sont convaincues de leur qualité de service, de leur efficacité.

Admettons que nul ne cherche de solution s’il n’a pas de problème. On ne va chez le docteur que quand on se sent mal. En tout cas c’est la culture sénégalaise. Le charlatan dit qu’il peut résoudre tout problème.

En fait on reproche toujours les femmes d’en être des créatrices. Même au Jardin elles en ont causé en se laissant emporter par les tentations du damné, le patron des  »buxaaba ».

Elles voient des problèmes là où il ne peut vraiment y avoir un seul. En plus elles sont influentes, influençables et influencées à la fois. En effet elles sont très vulnérables aux influences.

Célibataire, elle va chez le  »trouveur de mari » qu’aucune femme n’a encore trouvé comme époux pour qu’il la sorte des jougs d’une vie solitaire.

Mariée, elle part voir le  »changeur de destin » qui encore a besoin de rendre le sien plus favorable pour qu’il la sauve de la malédiction de la polygamie. -Bilaaay Sëñ bi j’ai l’impression que mon mari regarde d’autres femmes. Sëriñ, s’il vous plaît, fais qu’il soit impuissant si jamais l’idée d’épouser une autre lui traverse la tête. En souhaitant ce mauvais sort à son homme, elle oublie que cela concourt en même temps au détriment de sa vie conjugale sacrifiant sa libido et son bonheur nuptial. Xalaatul sax bànneexu boppaDianeariée, bien chérie, travailleuse, mais il y a une proche ou voisine ou collègue qu’elle envie de sa réussite, elle court, plus vite qu’une gazelle pourchassée par un léopard, demander à celui  dont la situation n’est point enviable, de stopper l’ascension de l’ennemie pourtant innocente. Croyant que si elle la dépasse ce sera une disgrâce qu’elle ne pourra pour rien au monde supporter car sa mère a beaucoup plus travaillé que celle de l’adversaire qui ne sait même pas qu’elle est en lice dans une compétition féroce.

L’enfant de la coépouse ne doit jamais être au même niveau que les siens. Alors elle va invoquer les génies du Sëriñ pour que le succès soit seulement de son côté avec sa progéniture. Sinon, se rappelle-t-elle, l’opinion dira qu’elle a moins travaillé dans le ménage. Tout le monde doit voir le  »ligéeyu ndey » de ses petits choux.

Voyons, la relation entre ces deux alliés est pérennisée par les nombreuses sollicitations de la part de la femme.

Le féticheur lui aussi y trouve son compte du fait qu’il s’accorde une publicité gratuite. Le partenariat est loin de connaître un terme car les problèmes de nos dames sont encore d’actualité.

Par contre, les femmes sont de véritables anges. C’est déjà admis par tous les hommes. Qui pourrait se passer d’elles? Ne dit-on pas que derrière chaque grand homme, il y a toujours une grande dame? Elles sont derrière c’est pas parce qu’elles sont marginalisées. Mais elles couvrent les arrières de leurs partenaires. Sans elles l’ennemi les atteindra à bout portant. Quand rien ne marche plus, on les cède les marches pour qu’elles montent consulter ceux qui communiquent avec les habitants des cieux. Avec une bonne foi, dans l’intention d’épargner la famille d’une potentielle dislocation, de sauver le mari d’une faillite dans l’entreprise, d’une radiation, d’éviter le fils des délinquances, de guérir une maladie supposée incurable par la médecine moderne, en somme d’agir pour dissiper un malheur qui plane sur le toit et risque de s’abattre sur la maison, elles empruntent les chemins les plus épineux pour sortir un véritable Sëriñ d’une retraite purement spirituelle.

-Sëñ bi, le supplient-elles, ngir YÀLLAH formulez des prières pour nous. Un grand danger guette la famille. Mon mari est au bord de l’abîme. Mon fils se verse dans des débauches. Ma coépouse souffre de stérilité. Je veux qu’elle ait des enfants pour qu’elle soit heureuse. Elles ont des diamants à la place des cœurs.

Elles font tout pour que paix, santé, fortune, bonheur retrouvent le chemin du foyer au profit de tous.

Elles sont vraiment spéciales les femmes. Leur spécialité c’est leur capacité de détecter un homme qui psalmodie des versets du Saint Coran ou tout simplement qui récite des vers démoniaques dans son coin. La femme et le marabout ou le charlatan s’attirent même s’ils ne se cherchent pas.

Saalum JAANEH, enseignant en service à l’IEF de Kaffrine

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *